Manon : « J’habite à Athènes. Je travaille pour Amurtel, une association gérée par des femmes pour aider des femmes réfugiées. »

25 janvier 2017

Aider les femmes réfugiées à Athènes

Je repars demain à Athènes. Je retourne avec Amurtel, une association qui fait un travail incroyable. C’est une asso gérée par des femmes, pour aider des femmes immigrées/réfugiées. Ces femmes vivent dans des situations très précaires, sans accès à nourriture ni soins. Certains viennent d’arriver.

Le système fonctionne de la sorte : le premier pays de l’UE où l’on t’enregistre est ton pays d’asile. C’est pour ca que les migrants refusent de s’enregistrer directement lorsqu’ils arrivent en Grèce.  Pour eux, rester en Grèce est en quelque sorte une défaite. La Grèce, c’est là où tout le monde arrive, c’est l’échec. Ce n’est pas prestigieux d’y rester. Imagine le stress que ça doit être, pour un père de famille, de rester cloué là avec toute sa famille sans arriver à passer. Les ONG organisent des cours d’anglais et d’allemand et de français, mais pas de grec. On suit des femmes enceinte, tout en sachant que si ça se trouve la semaine d’après elles seront reparties.

L’aide est spécifiquement réservée aux femmes, pour plein de bonnes raisons

Il n’y a que des femmes bénévoles à Amurtel, et on n’aide que des femmes réfugiées. D’un point de vue culturel, les femmes afghanes et syriennes s’ouvrent plus si elles ont en face d’elle une femme plutôt qu’un homme. Moi ça me va très bien, je me sens très à l’aise avec ça. Tous les espaces sont réservés aux femmes. Elles peuvent enlever le hijab et parler ouvertement de leurs problèmes quotidiens. Elles peuvent essayer les vêtements qu’on leur distribue. On fait ça pour mieux les aider.

« Les femmes, dès que tu commence à leur poser des questions un peu plus précises, tu vois tout de suite elles se demandent ce qu’elles ont le droit de dire. »

C’est aussi plus facile de ne travailler qu’avec des femmes. Tous les espaces sont réservés aux femmes, les hommes doivent rester dans l’espace d’accueil. Les femmes réfugiées peuvent se confier, être tranquilles, avoir l’intimité qu’elles n’ont pas dans les squats ou le camps. Chaque jour on accueille entre 15 et 40 femmes. C’est pas très grand, en tout on est 10-15 bénévoles.

Au début quand je suis arrivée je m’occupais de la réception, donc inévitablement j’étais très a contact avec ces hommes qui laissaient leur femme là. Tu peux discuter avec les hommes facilement, parce qu’ils parlent mieux anglais, et parfois même un peu de français. Les hommes, en tant que chefs de famille, savent exactement quelles informations donner, alors que les femmes, dès que tu commence à leur poser des questions un peu plus précises, tu vois tout de suite elles se demandent ce qu’elles ont le droit de dire. Manon aide les femmes réfugiées à Athènes avec Amurtel, une asso américaine

Les débuts à la « Jungle » de Calais

Tant qu’on ne sait pas comment politiquement la situation va évoluer l’année prochaine, il faut continuer à aider les migrants là où ils en ont vraiment besoin : nourriture, vêtements, logements. J’ai abandonné du coup tout le côté politique. Personnellement, ça me parait plus intéressant de me concentrer sur quelque chose de concret, plutôt que d’aller manifester pour ouvrir les frontières ou réfléchir à comment le gouvernement pourrait résoudre la situation.

Je ne suis pas engagée politiquement par la situation. Quand je suis arrivée à SOAS (School of Oriental and African Studies) , en pleine crise des réfugiés, j’ai suivi un cours sur les « Forced migrations ». Je peux vous dire qu’il n’y a pas de solution parfaite. C’est pour ça que je suis allée à Calais, à deux reprises, avec une asso humanitaire de SOAS. L’idée des gens de l’asso, c’était de jouer de la musique dans le camp et manifester. Moi j’étais sur un tout autre plan, je voulais aider au jour le jour. J’ai rencontré une Américaine dans l’auberge de jeunesse à Calais qui regroupe tous les bénévoles. Elle était arrivée là depuis deux semaines, elle travaillait en cuisine. Elle m’a dit de la rejoindre, et en cuisine j’ai aidé une femme kurde – une des seules femmes réfugiées, il y en avait très peu – qui cuisinait pour 700 réfugiés le soir. 

C’était très intense, peut être trop intense pour ce que je pouvais endurer. Il y a beaucoup de violence. C’est pour ça que j’ai décidé de partir en Grèce.Manon est bénévole chez Amurtel auprès des femmes réfugiées

Prendre la relève : des compléments alimentaires pour les femmes réfugiées enceintes

À côté d’Amurtel, je suis en train de monter un projet avec ma collocataire, Christina, une grecque américaine, Christina. C’est de la distribution de compléments alimentaires, pour des femmes réfugiées enceinte ou qui allaitent des jeunes enfants. Je n’ai pas de formation pour ça mais j’ai appris, en côtoyant des sage-femmes. Finalement, ce dont ces femmes ont besoin, ce sont des choses hyper accessibles. Un kit coûte 5 euros et contient des oranges, des céréales, des fruits secs…

On connaît déjà à peu près 50 femmes qui ont besoin de nous. Quand j’ai fait du crowdfunding pour ce projet, j’ai été surprise par la quantité d’argent qu’on a récolté. C’était un projet qui devait ne durer que 3 mois, mais qui du coup va durer plus longtemps. Je ne sais pas comment ça va évoluer. J’aimerais que ça reste le mien, mais il faudra trouver des fonds si on veut que ça dure plus que 6 mois, ou alors le faire vivre avec une autre ONG. Et peut être l’ouvrir à plus de personnes. Ca peut aussi ne pas marcher ! Ou il se peut qu’une énorme ONG arrive et commence à le faire aussi ; très bien, tant mieux dans ce cas. Je vais sans doute rester jusqu’en septembre prochain. L’été c’est le moment le plus difficle. J’irai là où on aura besoin de moi, que ce soit en Grèce, ou à Belgrade.

Vous pouvez soutenir le projet de Manon en suivant ce lien !

Marion est bénévole chez Amurtel où elle aide à ameliorer les conditions de vie des femmes réfugiées à Athènes.

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