Eric : « L’Epicerie Solidaire Courte Echelle dans le 19ème, c’est du ramassage de produits auprès des supermarchés et de la revente à 20% de leur valeur. »

8 février 2017

La guerre du Liban, la vie de chef d’entreprise dans le sud, la déroute financière et la rue, Eric a tout connu. Aujourd’hui à la tête d’une épicerie solidaire dans le nord de Paris, Eric milite pour un bénévolat horizontal et dynamique, où tous, y compris les anciens gars de la rue, peuvent aider.

Le bénévolat comme activité quotidienne qui ne se distingue pas sur une plage horaire

Dans ma vie j’ai toujours fait partie de plein de projets et activités, Les Restos du Cœur, Emmaüs. Maintenant ce sont les épiceries solidaires dont je m’occupe, et le Plan Igloo… Dès mon enfance, chez moi c’était le partage. La porte de notre appartement dans le HLM était toujours ouverte. Tout le monde se connaissait dans la cours. On entraidait les voisins, les personnes isolées. Je dirigeais une entreprise de bâtiment, donc je récupérais plein de choses, des meubles que je donnais ici et là.

Après il y a aussi ma foi. Ce qui fait que les deux mélangés ensemble… Les Ecritures disent que plus tu donnes, plus tu reçois. Déjà, tu ne donnes jamais assez. Et puis, il faut savoir ce qu’on reçoit. Si tu t’attends à recevoir de l’argent, ou la gloire… ça ne marchera pas. Mais tu reçois toujours quelque chose. Déjà le plaisir de partager. Et puis, quand tu trouves des boulots ou des logements aux SDF, quand tu vois un gars de la rue qui s’en est sorti, ça te fait chaud au cœur. Tu devrais voir la reconnaissance sur leurs visages.

« Il faut donner avec le coeur. Sinon vous ne donnez pas. »

Perles de sagesse. Et on pèse nos mots

J’avais une vie extraordinaire : je gagnais plein d’argent, j’étais champion d’arts martiaux, tout le monde m’adulait. J’avais une femme fantastique, un enfant… Mais je n’étais jamais à la maison. Mon rêve c’était que mon gosse soit un gosse de riche, qu’il ait tout. Mais c’était le mauvais chemin. J’étais complètement déphasé. Ce que je gagnais d’un coté, combien de gens je devais écraser pour l’avoir. Quand tu es dans le business, si tu prends un marché, tu le prends à quelqu’un d’autre. Tu t’en fous, t’as du fric. Tu soignes tes employés, mais tu détruis ceux des autres. Je n’avais aucun remord, ça ne m’empêchait pas d’aller à l’église et de prier ! « Ah mais je n’ai rien fait de mal ».

Je suis plein de projets à la fois. C’est mon envie, c’est mon parcours. Je suis un chemin, depuis tout jeune. Je ne sais pas ce que Dieu veut de moi, mais je sais que je dois avancer et mettre des choses en place. C’est à ça que sert ma foi. Je crois, et je n’ai pas besoin d’autre chose.

Eric est bénévole à Courte Echelle, une épicerie qui opère dans le Nord Parisien

Même quand on est à la rue on peut donner

Les gens de la rue rue, on passe a côté. On ne les connaît pas, ils sont bizarre, on ne les regarde pas, on tourne la tête. Moi aussi j’ai été plusieurs mois à la rue. T’as rien, quand t’es à la rue, et pourtant tu peux faire quelque chose. Moi je ramassais de la nourriture pour tous mes amis africains. On recevait. A chaque fois que j’ai manqué de quelque chose, les choses sont arrivées. C’est comme ça parce que quand tu vas dans le bon sens, quand tu reçois pour les autres, tu reçois. Si tu reçois pour toi-même ça ne sert à rien.  

Quand je suis arrivé à St Marthe pour manger, il y avait plein de bagarres. C’est quand j’ai repris la mission que les gens se sont calmés. Les gens savent que j’ai une histoire, que j’ai fait le militaire, que je connais les arts martiaux. Un coup je me suis trouvé dans la salle à St Marthe avec un gars qui a sorti un couteau. Et je me suis mis au milieu, entre lui et l’autre gars qu’il voulait frapper. J’ai pris leurs jouets, et je les ai mis dehors. Je les ai calmés, ils se sont serrés la main et sont partis ensemble. Il est vrai que ça dégénère très très vite, mais si tu as leur respect, ils se calment aussi très facilement.

Eric est co-gérant du programme Hiver Solidaire auprès de la Conférence Saint Vincent de Paul à Paris

Courte Echelle, Les Gars Les Riens, Plan Igloo.
Non, ce ne sont pas les noms d’opérations secrètes

L’Epicerie Solidaire Courte Echelle, dans le 19ème, c’est du ramassage de produits auprès des supermarchés et de la revente de ces produits à 20% de leur valeur marchande. On ne revend que des produits du jour : tout ce qui ne partira pas ce soir sera redistribué aux Soeurs de la charité de la Folie-Méricourt, dans le 11ème, qui chaque jour préparent 300 repas. Elles aussi ont besoin de produits, mais il y en a qui ne le comprennent pas, ça, qui préfèrent jeter plutôt que donner à des associations religieuses.

Et puis il y a l’asso que je monte. Le nom, c’est un jeu de mots, les galériens. C’est du ramassage, beaucoup de ramassage, de tout type, parce que j’ai des contacts. Avec des grossistes, mais aussi bien avec le temple de Levallois par exemple (des évangélistes qui ramassent des vêtements dans l’ouest parisien). Je veux arriver au point où je pourrai avoir des salariés, au début au moins un, le chauffeur. Et je vais salarier des gens de la rue.

En hiver je suis co-responsable du Plan Igloo de la Conférence Saint Vincent de Paul, là même où j’ai été accueilli il y a des années comme SDF. Le Plan Igloo fait partie de l’initiative Hiver Solidaire : 24 paroisses parisiennes ouvrent leurs portes le soir à des sans-abris du quartier pendant les 3 mois les plus froids de l’hiver. L’intérêt n’est pas seulement de les loger, mais aussi de les nourrir et de reconstruire le lien social qui a été rompu avec eux.

Eric ne distingue pas le bénévolat du reste de ses occupations quotidiennes.

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