Moissons Solidaires, entre lutte contre le gaspillage alimentaire et la précarité

20 juillet 2017

Un seul mot d’ordre : sensibiliser la capitale à la lutte contre le gaspillage alimentaire

Dimanche pluvieux à Bastille. Il est 14h, et du côté du marché qui longe l’est de la place, sur le terre-plein du boulevard Richard-Lenoir, les commerçants commencent à remballer leurs marchandises. Pour Benoît et la quinzaine de bénévoles des Moissons Solidaires, c’est maintenant que tout se joue. Munis de chariots, ils se faufilent entre les tréteaux des maraîchers, partent glaner les stocks de fruits et légumes invendus. Leur but ? Trier et sélectionner les meilleurs produits, pour les redistribuer ensuite aux quelques dizaines de personnes qui se pressent déjà du côté du stand tenu par Hermine, la doyenne de l’équipe, pour faire leur course hebdomadaire. Au même instant, place de la Réunion, dans le 20e, et place de Joinville, dans le 19e, d’autres équipes de bénévoles profitent également de la fin des marchés pour recueillir cartons de melons, de pêches ou de tomates invendus. Comme à Bastille, leur stand est devenu le point de rendez-vous des plus démunis qui, chaque dimanche, viennent remplir leurs paniers de produits frais, mais aussi de gens plus aisés, simplement désireux de participer ainsi, à leur échelle, à la lutte contre le gaspillage alimentaire. « Chez Moissons Solidaires », nous explique Benoît, représentant de l’association à Bastille, « aucune « clientèle » n’est favorisée. On ne demandera jamais votre situation sociale et financière. » Écolos, moins écolos, précaires ou non, tout le monde est le bienvenu. Créée il y a deux ans et demi, l’association qui compte désormais 1970 membres n’a qu’un seul mot d’ordre : sensibiliser la capitale à la lutte contre le gaspillage alimentaire.

« Écolos, moins écolos, précaires ou non, tout le monde est le bienvenu. »

Parmi les bénévoles réunis ce dimanche à Bastille, les âges, les profils, et le degré d’engagement varient considérablement. Il y a les réguliers, comme Pierre, la cinquantaine, qui, depuis un an demi, consacre tous ses dimanches aux Moissons solidaires. Avant de faire du glanage à Bastille, nous explique-t-il, il a glané sur le marché de Joinville, dans le 19e, ainsi que place de la Réunion. En plus de son implication hebdomadaire sur les marchés de la capitale, il maraude également régulièrement pour la Croix Rouge. Ce qui l’a séduit dans l’association ? L’engagement écologique, la possibilité d’aider les autres, mais aussi, tout simplement, l’opportunité d’être en contact avec les gens. De son côté, Hermine, la soixantaine, sans domicile fixe, nous explique avoir « toujours été bénévole ». Elle a rejoint la petite équipe de la Bastille il y a un an. Gouailleuse, pleine d’humour, elle est un peu la patronne du petit stand, l’arbitre qui veille chaque dimanche à ce que les stocks de fruits, légumes, fleurs et pâtisseries soient équitablement redistribués entre les gens.

« Ce qui l’a séduit dans l’association ? L’engagement écologique, la possibilité d’aider les autres, mais aussi, tout simplement, l’opportunité d’être en contact avec les gens. »

4 bénévoles ramassent des invendus alimentaires au marché de Bastille afin de lutter contre le gaspillage alimentaire

Un engagement « sans contraintes »

En plus des réguliers, beaucoup de bénévoles présents ce dimanche rejoignent pour la toute première fois les rangs des Moissons Solidaires. C’est le cas d’Anne-Claire, 22 ans. Etudiante en école de commerce, la jeune fille a entendu parler de l’association après avoir participé à une soupe populaire organisée conjointement par les Moissons solidaires et la ligne de restauration bio Exki. Elle se dit séduite par la mission proposée, à la croisée de ses convictions écologiques et de son engagement en faveur des plus démunis. Pour Candice et Cécile, la vingtaine, c’est aussi le baptême du feu. Passées par plusieurs associations différentes, sans jamais être totalement convaincues, elles ont été séduites par le projet, et apprécient le fait que les Moissons solidaires proposent une vision de l’engagement sans contraintes. «Ici, c’est sans pression, en fonction de nos disponibilités, on peut faire le choix, un dimanche, de venir à Bastille faire un glanage », explique Cécile. Les deux copines pensent désormais réserver un dimanche par mois à l’association. Anne-Claire a aussi été convaincue par cet argument. Pour elle, la grande force de l’association est de parvenir à démystifier les contraintes supposées qui pèsent sur l’engagement solidaire. « En l’espace de seulement trois heures, nous explique-t-elle, je vais pouvoir lutter contre le gaspillage alimentaire et aider des gens. Si je n’étais pas venue, j’aurais probablement passé mon après-midi à regarder des séries. C’est tout de même plus gratifiant, et utile ! », ajoute-t-elle en souriant.

«Ici, c’est sans pression, en fonction de nos disponibilités, on peut faire le choix, un dimanche, de venir à Bastille faire un glanage »

Des bénévoles de Moissons solidaires déchargent les chariots remplis d'invendus ramassés au marché Bastille.

Mais trêve de bavardage ! Les chariots attendent d’être remplis. Malgré la pluie, la petite équipe se lance bravement à la recherche des cageots de melons, pastèques ou pêches restés invendus. Ils n’ont pas même le temps d’arpenter les différentes allées du marché que les maraîchers les alpaguent déjà et déposent dans leurs chariots leurs cartons d’invendus. « Il faut dire qu’ils nous connaissent, désormais », explique Benoît. « Toutes les semaines, on peut compter sur une dizaine de maraîchers fidèles pour nous fournir en stocks. » Les chariots se remplissent vite, les bénévoles multiplient les allers-retours entre le stand de l’association et les différentes allées du marché pour récolter le maximum d’invendus avant que les maraîchers ne plient définitivement bagage. Au stand, Hermine supervise les opérations de triage. Pas question de redistribuer des fruits et légumes avariés ou abîmés ! Cette semaine, la pêche a été bonne.  Ses tréteaux croulent sous les fruits et légumes. La récolte varie d’une semaine à l’autre, mais les chiffres sont là pour témoigner de l’efficacité des trois équipes de bénévoles qui s’affairent chaque semaine sur les marchés de Paris pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Depuis sa création, l’association a collecté environ 100 tonnes de fruits et légumes, redistribués auprès de 8,600 personnes. Pour Cécile, Candice, Anne-Claire et les autres, il est déjà temps de rejoindre Hermine, qui achève son tri. Le stand s’ouvre aux personnes qui patientent à proximité. Derrière l’étal, les glaneurs distribuent désormais leur collecte dans une ambiance chaleureuse. A peine trois quart d’heure seront nécessaires pour écouler les stocks glanés dans l’après-midi.

Depuis sa création, l’association a collecté environ 100 tonnes de fruits et légumes, redistribués auprès de 8,600 personnes. 

Deux bénévoles de Moissons solidaires redistribuent les invendus du jour au marché de Bastille
Après le ramassage, deux bénévoles de Moissons solidaires redistribuent les invendus du jour au marché de Bastille.

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